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Katoucha photographiée par Alain Herman - Texte Imane Ayissi
J’ai rencontré Katoucha il y a déjà bien des années à l’occasion d’un défilé qui avait lieu au « Monde de l’Art » à Paris. Quand nous nous sommes vus la première fois, c’est comme si on se connaissait depuis toujours. Lors de ce défilé, nous nous sommes croisés deux fois sur le podium, et à chaque fois j’ai oublié quelques secondes où j’étais tellement elle était impressionnante de présence.

Depuis cette date, on ne s’est jamais vraiment quitté, on a passé des heures au téléphone et notre amitié ne s’est pas épanouie seulement dans le monde de la mode et du mannequinat mais aussi dans d’autres domaines, en particulier au cours de voyages que nous avons faits ensemble aux quatre coins du monde.
Katoucha m’a toujours soutenu dans ma carrière de mannequin comme dans mon travail de créateur de mode. Elle m’a présenté à sa fille, à son fils et à ses meilleurs amis, qui venaient d’horizons très différents et j’étais devenu au fil des années comme une sorte de frère, parfois un peu protecteur quand sa fille me demandait de veiller sur sa mère. J’ai eu l’occasion plusieurs fois de la sortir de moments un peu délicats, comme cet après-midi de juillet où, déjà sur la péniche d’un de ses amis, elle avait perdu l’équilibre sous l’effet du tangage provoqué par le passage d’un autre bateau et s’était retrouvée dans la Seine, alors qu’elle ne savait pas nager. Heureusement j’avais entendu ses cris et cette fois là j’avais réussi à la remonter à bord, trempée, mais saine et sauve.
La carrière de Katoucha, née en 1960 à Conakry, a commencé très tôt mais c’est dans les années 80 et 90 qu'elle a atteint des sommets. Les grands maîtres de la Haute Couture parisienne se sont arrachés ce top model qui a su porter très haut les couleurs du continent africain. Elle a bien sûr été l’égérie d’Yves Saint-Laurent, mais elle a aussi sublimé les robes de Jean-Louis Scherrer, de Balmain, de Dior, de Valentino, de Gianfranco Ferré, de Paco Rabanne, d’Azzedine Alaïa, de Thierry Mugler, et il fut une époque où Christian Lacroix baptisait ses croquis «Katoucha». Peut-on imaginer plus belle reconnaissance de la part d’un des seigneurs de la Haute-Couture ?